Saynètes Historiques

I. Introduction

éléments facultatifs

Sarcophage du 2eme siècle après J.C avec représentation d'un mariage.

Dans les strates supérieures de la société romaine, un mariage est d’abord le résultat d’un arrangement entre deux familles, qui choisissent de s’unir par intérêt, en fonction de la fortune et de la réputation.

 Pour honorer sa famille, une bonne épouse se doit d’être belle, féconde et d’une moralité sans faille. À Rome, les femmes rentrent autant l’âge du mariage : il n’est pas rare qu’on fiance sa fille dès l’âge de 12 ans dans la classe patricienne, alors qu’on préfère retarder un peu l’échéance dans le reste des classes aisées.

Lors des fiançailles, les deux protagonistes passent une bague à l’annulaire de la main gauche, car les Romains pensent qu’un maire relie ce droit au cœur.

Bague de mariage romaine en or - IIIe siècle après J.-C.

Lorsque la mariée très jeune, on peut attendre plusieurs années avant de célébrer le mariage : hormis dans le cas particulier des mariages impériaux, il est rare qu’une jeune fille soit mariée avant l’âge de 15 ans. Le temps pour elle d’être en mesure de supporter l’acte sexuel, et surtout la grossesse et l’accouchement : le but principal du mariage étend la procréation, il serait inutile et dangereux d’exposer la femme à une grossesse plus précoce. Dans les classes supérieures de la société, les hommes sont nettement plus âgés au moment du mariage : souvent 25 ans voir davantage. En outre, contrairement à leurs épouses, ils ont déjà expérimenté l’acte sexuel avec des esclaves des prostituées. Comme chez les femmes toutefois, les patriciens sont susceptibles de se marier plutôt : Jules César s’est marié pour première fois l’âge de 18 ans.

Une future mariée se prépare. Maison des mystères, Pompéi.

La future mariée et l’objet de tous les soins, selon un rituel bien établi. Entouré de ses parentes et amis, elle est revêtue d’une tunique blanche, dont la ceinture est fermée par un nœud compliqué, le nœud d’Hercule, symbole de sa virginité et que seul son mari pourra défaire au commencement de la nuit de noces. Par-dessus, la mariée portera une toge de chasteté, similaire à celle des vestales. La future épouse est ensuite coiffée d’une manière très particulière : on confectionne six tresses à l’aide d’un fer de lance, de façon à chasser les démons qu’on suppose habiter la chevelure des jeunes femmes. Enfin, avant la cérémonie, la mariée doit rester cloîtrée chez elle, de façon à préserver du regard des autres hommes, ainsi que de la vision de toute scène inconvenante qui pourrait souiller sa pureté. Quant au futur marié, il est bien moins apprêté que sa fiancée, mais prend tout de même la peine de se faire enduire d’onguent parfumées.

Un noeud d'hercule.

Le mariage se déroule dans la maison de la mariée, au cours d’une cérémonie privée, sans prêtre, mais en présence des deux familles. La mariée est couverte du flammenum, un grand voile orangé, couleur considérée comme protectrice. Comme le mariage constitue pour la jeune femme l’entrée dans l’âge adulte, c’est à cette occasion qu’elle fait l’abandon de ces jouets d’enfance et de sa toge prétexte qui sont offerts aux dieux du foyer.

Reconstituion d'une mariée romaine avec son voile et sa couronne de fleurs

Les deux époux et un change alors leurs vœux en présence de témoins se partagent un gâteau d’épeautre, le phare, puis procède à l’acte essentiel du mariage : la dextrarum junctio. Une simple poignée de main qui formalise l’union entre le mari et son épouse. À l’issue de la cérémonie, le marié relève le voile de sa nouvelle épouse.

Après un repas de fête, la tombée de la nuit marque le début de la noce publique, durant laquelle la mariée doit être conduite dans la demeure de son époux. On procède alors à un simulacre d’enlèvement, en référence à l’enlèvement des sabines, événement fondateur de l’histoire de Rome. La mariée fait semblant de pleurer, tandis que son époux fait mine de l’arracher de force des bras de sa mère pour la conduire chez lui !

C’est alors un joyeux cortège qui parcourt les rues de la ville. Les invités ou les passants lancent marier des quolibets grivois, censés éloigner le mauvais œil, ou bien jettent des noix, symbole de fécondité, sur leur passage.

Devant la porte de sa nouvelle maison, la mariée procède d’un curieux rituel : elle enduit les montants avec de la graisse de loup et les couvre de bandelettes de laine. Deux proches la soulèvent alors hors du sol pour la porter à l’intérieur de la maison, afin d’éviter qu’elle ne trébuche au passage du seuil, ce qui serait considéré comme mauvais présage.

Une fois l’intérieur, le mari offre l’eau et le feu à la femme, qui de son côté, lui offre une pièce de monnaie, on dépose une autre sur l’autel des divinités du foyer, et en jet une au carrefour le plus proche où se trouve le laraire des divinités du quartier.

petit laraire en bois carbonisé provenant d'une domus d'Herculanum. Dans ce laraire, sorte de petit temple domestique, les romains mettaient des statuettes des dieux Lares notamment, protecteurs du foyer.

Enfin, les époux rejoignent la chambre nuptiale, où ils passeront la nuit de noces dans l’obscurité.

Ce type de cérémonie ritualisée et festive concerne avant tout les ménages aisés de Rome. Dans les couches inférieures de la société, le mariage peut s’avérer beaucoup moins formel : lorsqu’un couple avec une année entière sous le même toit, il est considéré comme marié ! C’est le mariage per usum, « par l’usage ». Beaucoup de Romains pauvres préfèrent d’ailleurs au mariage le simple concubinage.